Mon premier ironman

Mon premier ironman

Par Laurent V. Barcelone.

Arrivée à Calella (lieu de la course) avec mon ami Stéphane K. Rapide passage au camping et nous allons immédiatement à l’enregistrement de la course. Nous laissons les vélos pour une dernière vérification chez un réparateur sur place auprès duquel nous avions pris soin de prendre une réservation. Puis nous nous rendons dans la tente du checking.

Déjà beaucoup d’émotion lors de la remise du dossard et du sac à dos estampillé « Ironman ». Beaucoup d’angoisse aussi. N’ai-je pas été trop gourmand ? n’ai-je pas eu les yeux plus gros que mes forces en m’inscrivant ?

Je doute. Je ne laisserais pourtant ma place à personne.

Vendredi 29 septembre 2017 : J-1

Je rejoins ma famille sur la plage. Mes proches m’ont fait la surprise de venir me soutenir. Je les retrouve flanqués de teeshirts à mon effigie. Je suis touché. J’ai aussi terriblement peur de les décevoir…

Je déjeune avec eux puis retourne à mon camping préparer mes affaires : le sac pour le vélo et celui pour la course à pied à déposer ce jour, avec le vélo. Je vérifie méticuleusement le contenu de chacun de ces sacs. Surtout, ne rien oublier. A la deuxième vérification, je m’aperçois que j’avais oublié de mettre mes chaussettes dans le sac. Angoisse.

Chargé de ces sacs, j’emmène le vélo au parc dédié. Sur le chemin, je croise plein de coureurs en train de courir. D’autres font du vélo tandis que certains vont à la mer. Ont-ils raisons ? cet entraînement de la veille est-il nécessaire ? ou alors sont-ils juste nerveux ? Chacun sa vérité. Pour ma part, je prends un verre en terrasse avec les miens. C’est tout. Bon, la vérité, je suis aussi allé nager un petit 500 m le matin pour me rassurer dans cette discipline que je maîtrise si mal.

Je laisse la famille vers 19 h pour aller me faire chauffer des pâtes avec Stéphane K au camping. Nous souhaitons nous isoler. Nous nous enfermons dans notre bulle. Je me couche vers 22h et, étonnement, je m’endors facilement.

Samedi 30 septembre 2017 : Jour J

Le réveil sonne à 6h mais je suis réveillé déjà depuis une heure. Je me lève comme un automate. Surtout, ne penser à rien. Ne pas penser à cette course qui me paraît démesurée par rapport à mon niveau et à mes trois petites années de pratique. J’essaye d’avaler péniblement mon Gatosport en regardant les réseaux sociaux. Déjà, j’ai quelques messages de soutien de mes amis du club (RMA Triathlon Paris) et de mes amis Facebook. Tellement peur de ne pas être à la hauteur de leur confiance, de les décevoir. J’éprouve le besoin de leur écrire que je les aime.

Je quitte le camping à 7h15 avec Stéphane K. Nous avons seulement 1,5 km de marche pour rejoindre le départ. Nous marchons en silence le long de la mer. Le soleil se lève. La mer est belle, sans une vague. Nous entendons au loin la sono de départ. Sentiment étrange et incompréhensible de marcher vers son destin. Mes amis sportifs comprendront que, étonnamment, ce type de défi représente tellement plus qu’une course. Un véritable rendez-vous avec soi-même.

Rentré dans le parc à vélo, je redonne quelques bars à la pression de me pneus avant de déposer mon sac avec mes affaires de ville (pour la fin de la course). J’enfile ma combinaison néoprène et me dirige vers la plage.

Stéphane K va dans le sas de l’objectif 1h20 pour la natation. Je choisis le dernier sas, objectif 1h50 – 2h. Sur les 3 000 participants, nous devons être seulement une dizaine dans ce sas. Les plus mauvais nageurs. Je le sais, la natation est mon gros point faible. Il y a encore un an, je faisais mes triathlons à la brasse (je suis même sorti dernier du lac en 2016 à Vieille Maison sur Joudry, dans le Loiret). Mais pour rien au monde j’abandonnerais le triathlon au profit du duathlon. La natation ne m’aime pas ? peu importe, moi je l’aime quand même et je ne l’abandonnerai pas.

Mon départ étant prévu à 8h50 (les premiers non professionnels commençant à 8h20), j’avais recommandé à ma famille de venir à 10h40 pour me voir sortir de l’eau (si je sortais de l’eau). J’avais fait deux entraînements en mer sur cette distance de 3,8 km au mois d’août dernier : l’un en 1h50, l’autre en 2h03. La barrière horaire étant à 2h20, ça devrait passer, sauf houle importante, crampe, faiblesse…

Et je vois mon frère Yann venu pour le départ. Nous nous faisons une accolade. Je suis sensible au soutien de ce champion de course à pied, qui enchaine des marathons à 8 jours d’intervalle (en 3h05 s’il vous plait), des 100 km de Millau, des 175 km en 24h… C’est la première fois qu’il se présente sur une course comme spectateur et j’imagine sa frustration.

Le son de la sono augmente, celui de mon cœur aussi. Le départ est donné.

Il s’agit d’un rolling-start : Départ des concurrents 4 par 4, toutes les 3 secondes. Moins spectaculaire qu’un départ en masse au coup de pistolet, mais nettement plus confortable pour les nageurs qui évitent la lessiveuse des départs en groupe.

Je rentre donc dans l’eau dans les 10 derniers coureurs du dernier sas. J’avais prévu, comme d’habitude, d’être à la peine lors des 300 premiers mètres, le temps que mon cœur se calme, que ma respiration se pose.

A ma grande surprise, mes premiers mouvements de crawl sont fluides. Ma respiration en trois temps est tout de suite posée. Je n’ai pas d’angoisse. L’eau est claire, chaude, calme. Je dépasse tout de suite quelques concurrents à la brasse et me mets dans les pieds d’autres crawleurs. Moi qui ai l’habitude d’être isolé à la natation, je ne suis pas décroché par les autres nageurs. C’est une bonne surprise. Et cela facilite aussi la nage. Je n’ai pas à sortir la tête pour prendre la direction des bouées, je suis les autres nageurs, c’est tout.

Le temps passe, je nage, je suis bien. L’esprit vagabonde. Je réalise que je suis sur mon Ironman, auquel je pense depuis un an. Je nage, je suis bien. Et soudain, imprévisibilité de l’esprit, une pensée vient de je ne sais où, enfuie en moi. Je pense à Sébastien, mon petit-frère mort noyé à 3 ans et demi, il-y-a une quarantaine d’année. Pourquoi je pense à lui maintenant ? Je n’en sais rien. Et si c’était ça mon problème avec l’eau. Et si je lui pardonnais, à cette eau. Je nage, je suis bien.

Je vois quelques bonnets de bain aux couleurs de l’Ironman perdus au fond de l’eau. Un souvenir de moins pour leurs propriétaires. J’échappe de peu à une grosse méduse blanche en faisant un détour (disons un saut sur le côté) au dernier moment.

En tournant autour de la grosse bouée Arena, je m’arrête une seconde pour vider mes lunettes et regarder ma montre. Aussitôt, un membre de la sécurité sur son kayak s’apprête à me lancer une bouée en me demandant si ça va. Je lui fais signe que oui en levant mon pouce, remets mes lunettes et repars. J’ai vu que j’en étais à une heure de natation et que ce demi-tour était placé à plus de la moitié de la distance à parcourir.

Je suis optimiste. Il doit rester 1800 mètres, je suis en avance sur mon estimation. Et surtout, je ne suis pas en lutte mais j’éprouve même du plaisir dans cette nage.

Dernier virage à gauche, il reste 200 mètres. J’ai pied. Je me redresse, je marche sur la plage. Je regarde ma montre. 1h36 ! C’est inespéré pour moi. J’ai la banane. Au lieu de courir au parc à vélo, je file vers ma famille reconnaissable avec ses drapeaux oranges. Je tombe dans leurs bras, heureux comme un gosse de ce qui est pour moi un véritable exploit (20 mn de moins que lors de mes entraînements).

Des amis du club, venus en supporter, courent aussi vers moi. Leur joie et leur enthousiasme sincères me touchent : merci Stéphane S., Isabella, Djedjiga, Geo.

Mes garçons Victor et Oscar courent comme des fous à côté de moi, de l’autre côté des grilles, jusqu’au parc à vélo. Je rentre dans le chapiteau pour me changer. Je suis surpris de ne pas y être seul, moi qui ai l’habitude de trouver des parcs à vélos déserts quand je sors de l’eau.

Je prends le temps de m’asseoir pour enlever ma combinaison, de manger une banane. J’enfile mes chaussures, mon casque, mes lunettes, je n’oublie pas mon dossard et me dirige vers le vélo.

Ma femme Ana et Oscar sont de l’autre côté de la grille, ils m’encouragent. Je leur fais un signe et sors du parc, le vélo à la main comme il se doit.

Et c’est parti pour 180 km.

Après une petite boucle en ville, au ralenti, pour rejoindre le parcours, c’est parti pour deux boucles de 74 km et une troisième d’une trentaine de km, avant de revenir en ville.

Le parcours est très roulant, le long de la mer. Il s’agit d’un aller-retour de 37×2 km (à faire 2 fois et demi si vous avez bien suivi). Il fait beau, sans chaleur excessive. Nous ne sommes jamais seuls entre ceux qui sont sur leur première ou leur deuxième boucle. Je croise des copains-copines du club et nous nous encourageons. Je m’amuse à regarder les drapeaux du pays de chaque coureur sur son dossard. Je suis surpris du caractère international de l’épreuve. Enormément d’Anglais et d’Irlandais, mais aussi des Russes, des Ukrainiens, des Brésiliens, Philippins, des coureurs d’Afrique du Sud, un espagnol qui a caché le drapeau sang et or de son dossard en collant un sticker aux couleurs de la Catalogne. Peu de Français, somme toute.

Mon premier aller (37 km, donc) se passe bien, à une moyenne de 30 km/h avec un léger vent de face. Je suis heureux. Je me rends compte que je suis en train de vivre mon rêve d’enfant que j’ai eu il y a deux ans (ben quoi, on peut avoir des rêves d’enfant à 45 ans, non ?). Mes yeux se remplissent de larmes, que j’évacue très rapidement. Ce seront les seules de la journée, car j’ai ensuite été rempli d’une véritable allégresse toute la course.

Quelques ravitaillements où je saisis systématiquement une bouteille d’eau pour quelques gorgées. Je veille à boire avant d’avoir soif et je me force à manger un bout de barre énergétique toutes les 30 mn.

Au retour de la première boucle, bonne surprise. Le vent s’est levé et me pousse carrément. Sans forcer les jambes, je vois le compteur à 36, 37 km/h.

Arrivé à une quinzaine de km de Calella, pour la fin de la première boucle, je vois mon frère qui me hurle ses encouragements sur le côté. Il a un maillot de course et je comprends qu’il est venu en courant, le diable.

Demi-tour à Calella dans une ambiance de folie. Tous les supporters des coureurs sont massés aux abords de la ville, on se croirait au tour de France. Je ne peux m’empêcher de sourire. Au rond-point, j’ai le temps de voir mes enfants surexcités et le sourire radieux de ma femme.

Je repars galvanisé pour la seconde boucle. Le vent est maintenant de face et la vitesse chute. Je suis couché sur mes prolongateurs et avance péniblement à 25, 26 km/h. Je recroise mon frère à 15 km de Calella et calcule qu’il me faut tenir encore une vingtaine de km avec ce vent de face. Les rangs se sont clairsemés, et je suis seul avec quelques coureurs en ligne de mire. Je les remonte doucement. Je passe devant des penality box où quelques coureurs qui n’ont pas résisté à la tentation du drafting (se mettre à l’abri derrière un autre coureur) purgent leur peine de 1 à 4 mn de pénalité. D’autres sont même disqualifiés.

J’ai de la compassion pour ce coureur sur le côté, en train de se démener avec une chaîne récalcitrante.

J’arrive enfin au bout de cette immense ligne droite et m’engage enfin dans le rond point salvateur. Enfin le vent de dos, et c’est reparti pour un 36 km/h de moyenne. Je croise des coureurs à la peine. Plus loin, je croise Stéphane K qui en est à sa troisième boucle, vent de face. Je l’interpelle. Il me regarde mais semble ne pas avoir la force de me répondre. J’apprendrai ensuite qu’il était déjà au début d’une hypoglicémie sévère.

Dernier demi-tour à Calella devant ma famille toujours aussi exubérante, et c’est parti pour la dernière boucle de 30 km. J’ai à ce moment là 150 km dans les jambes et, malgré le vent de face, je me sens bien. Je croise Aymeric aux couleurs du club (noir et rose). Il est souriant et me répond.

Retour au rond-point de Calella, et cette fois-ci, je peux rentrer dans la ville. La vitesse est réduite du fait des angles droits des petites rues. J’entends hurler Stéphane S. derrière son appareil photo. Plus loin mes parents. Plus loin mon frère Yann qui me félicite tout en me filmant. Je suis vraiment porté par leurs encouragements, je ne me sens même pas entamé après ces 1h36 de natation et 6h02 de vélo.

Arrivé au parc à vélo, je descends comme il se doit devant la ligne où veillent deux arbitres. Le coureur derrière moi fait un faux mouvement, sûrement dû à la fatigue, et va empaler son vélo dans les barrières, avec fracas. Les spectateurs hurlent. J’espère qu’il n’a rien de grave.

Dépose du vélo, retour à la tente. Je change de chaussettes et de chaussures (heureusement), troque mon casque contre une casquette, un coup de crème Nok, j’avale une pâte d’amande, et je sors pour rejoindre le parcours du marathon.

Il s’agit de 3 boucles de 13,5 km, le long de la mer, et d’une petite boucle en plus de 1,7 km pour arriver aux 42,2 km mythiques.

L’arrivée, sur tapis rouge entouré de gradins, est au bout de cette boucle. Les gradins sont bondés et, en les longeant, on entend la clameur qui s’en dégage à l’arrivée de chaque coureur. Mais sur près de 2 km avant ces gradins, la foule est déjà massée. Ce qui fait que, à chacun des 3 passages à cet endroit, nous sommes ovationnés sur près de 4 km (2 aller et 2 retour). C’est juste énorme.

Dès le départ, je suis surpris de ma forme. J’ai les jambes légères et me surprends à courir à 11,5 km/heure. Je me force à descendre à 10,5 km/h en pensant au marathon qui m’attend. C’est vrai que c’est quand même long, un marathon, quand on a déjà près de 8 h de sport derrière soit.

Mes supporters sont là. Stéphane S. me hurle de ne rien lâcher, que j’ai une belle allure. Ca me fait du bien. Plus loin, ma famille heureuse. Mes garçons courent quelques dizaine de mètres à côté de moi, de l’autre côté de la barrière. Ils ont l’air surexcités. Ca me touche beaucoup.

Puis je quitte ce coin pour longer la mer. Il y a maintenant peu de supporters sur les bords, mais beaucoup de coureurs, entre ceux qui en sont à leur première boucle, comme moi, et ceux qui en sont à leur 2ème ou 3ème boucle.

Tous les 2,5 km, un ravitaillement. Je m’arrêterai quelques secondes à chacun d’eux, avec toujours le même cérémonial : une gorgée d’eau, puis un ou deux quartiers d’orange, puis une gorgée de coca, une dernière gorgée d’eau et c’est reparti (pas envie de gel énergisant).

Sur le demi-tour de la 1ère boucle, vers le km 10, je rattrape Stéphane K. en train de marcher. Je m’arrête un instant à ses côtés. Il est dans le dur, n’a pas envie de parler. Je le comprends et repars en lui disant : « Stéphane, t’as fait une super course jusqu’à présent. Même en marchant 30 km, tu finiras avant la barrière horaire. Tu seras finisher, mon gars. Tu seras un Ironman ». Il marchera effectivement 30 km, sans pouvoir avaler quoi que ce soit, ni solide ni liquide. Il sera finisher et il est un Ironman au mental d’acier.

Arrivé de ma première boucle et retour donc aux 4 km de supporters de folie. Parmi l’exubérance, je cherche mon frère. J’ai besoin de sa réaction. Chrono en main, il me hurle que c’est formidable, que je suis sur un super rythme, que je suis régulier comme un métronome.

Pour info, j’ai couru 4 marathons dans ma vie, tous ces deux dernières années. Je tourne entre 3h53 pour mon meilleur (mon premier, La Rochelle en novembre 2015) et 4h10 pour mon plus mauvais (Rome en avril 2017). On dit que, en général, on met une heure de plus pour le marathon de l’Ironman. Je visais donc un marathon en 5 heures.

Je repars pour la deuxième boucle, sans douleur et sans fatigue particulière. Je croise plusieurs fois Valentine, du club, qui semble dans le dur et ne me répond pas. Elle était sur la fin de son marathon alors que je commençais le mien. Elle fera un temps exceptionnel, tout comme les 2 autres filles du club, Clarisse et Elena, chacune deuxième de sa catégorie (et du coup, une qualification pour Hawaï pour Elena, ce qui est énorme).

Je ne comprends pas ce qui m’arrive, je suis dans un état second. J’ai l’impression de faire un petit footing dominical, sans aucune difficulté. Je n’accélère pas pour autant, mais je maintiens sans difficulté le rythme de 10,3 km/h. Je dépasse des flopées de coureurs, les mêmes qui me laissent sur place dans la mer.

Retour vers l’animation pour la fin de la 2nde boucle et départ pour la dernière. Ma famille est toujours là. Les enfants courent, et je cherche les encouragements de mon marathonien de frère. Il me dit que je suis en train de faire un exploit, que je cours à mon rythme d’un marathon « à sec », que je peux faire 4h30 même si je rencontre le mur.

Regonflé à bloc, je repars donc pour les 13,5 derniers km. La nuit est tombée est une partie du parcours, hors de la ville, n’est pas éclairée. C’est complètement dingue, mais nous courrons sur près de 3 km dans le noir total. Certains coureurs, habitués au parcours, ont pris soin de prendre une lampe frontale ou une lampe de poche. Ce n’est pas mon cas.

J’en suis le premier étonné, mais je ne rencontre pas le mur, pas même un début de crampe.

Sans m’en rendre compte, je maintiens mon 10,3 km/h de moyenne. Je croise Aymeric qui a quelques km d’avance sur moi (il est parti plus tôt que moi à la natation et nous ferons au final exactement le même temps, à une poignée de secondes près). On s’encourage.

Je passe devant mon camping, à l’entrée de Calella. Je sais qu’il reste 3 km. J’entends la sono au loin, je vois les lumières qui tournent dans le ciel. Je laisse mes jambes avancer seules, au même rythme, mais je décide de profiter de chaque pas. Ca fait un an que je me prépare, que je doute, et je suis en train de réussir mon défi. Encore deux km et je serai un Ironman. Je souris. Passage devant le parc à vélo. Il reste 1,5 km. Je croise des coureurs qui repartent pour une boucle de 13,5 km. Je sais que dans 5 mn j’aurai fini. Je passe devant le dernier ravitaillement et je m’y arrête, comme pour ne pas quitter la scène. Gorgée d’eau, quartier d’orange, gorgée de coca, gorgée d’eau et c’est reparti.

Dernier virage.

Je bifurque à droite dans la direction finish au lieu de repartir à gauche sur le chemin du marathon. Virage à gauche dans la pénombre, passage sous une arche et arrivée dans une arène rouge vive, des lumières de partout, une musique motivante, des cris, des hourras, et la ligne d’arrivée à 50 m. Je me mets à faire l’avion en zigzag. Je ne cours plus, je vole. Je tourne la tête à droite à 20 m de l’arrivée et, par miracle dans cette foule, je vois mes parents les larmes aux yeux au premier rang, dans les gradins. Je m’arrête devant eux, les prends dans mes bras, et repars franchir cette ligne.

Un jeune de l’organisation me met la médaille autour du coup en me disant « You are an Ironman ». Sans réfléchir, je le prends dans les bras et nous nous donnons l’accolade.

Je regarde ma montre. Les 226 km de course on été accomplis en 12h07, le marathon en 4h04. Je suis tellement heureux. Je ne reste pas dans le chapiteau d’après course où un diner est servi aux coureurs et des massages proposés. J’attrape mon tee-shirt finisher et, sans même me changer, file à la sortie. Mes enfants m’attendent devant la porte. Ils sont émus, me disent que j’ai assuré comme un malade. Je les serre dans mes bras. Nous retrouvons le reste de la famille. Des photos tous ensemble puis nous allons diner.

Nous sommes tous sur un nuage. Ils ont vécu cette course pour moi, comme moi. Je ne pensais pas qu’un sport individuel pouvait souder autant.

C’est finalement ce partage qui a donné tout son sens à cette course. Et cette valeur bien humaine fait que nous sommes tellement plus que des Ironmen…

Lendemain de course, pas de courbature, moi qui suis incapable de marcher les jours suivant un marathon. A n’y rien comprendre. Quelques photos avec les copains du club sur la plage et je prends la voiture. Je conduirai d’une traite jusqu’à Paris, encore shooté aux endorphines.

A l’heure où j’écris ce récit, je ne suis pas encore redescendu de mon nuage. Quelle aventure, non mais quelle aventure.

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